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Florence nous raconte son accouchement à la maison entourée de deux sages-femmes et de son conjoint

Florence a ressenti assez tôt l’envie d’accoucher chez elle dans le confort de sa maison.
Elle s’est intéressée au sujet avant même le désir d’avoir des enfants. 

Elle nous expliquera comment elle s’est préparée à accueillir son bébé chez elle. Quels sont les outils qui l’ont accompagné durant les 9 mois de sa grossesse pour la préparation de son accouchement. Elle nous racontera également avec beaucoup d’émotions le récit de la naissance de sa petite fille entourée de ses deux sages femmes et de son conjoint. 

Comment as-tu fait le choix d’accoucher chez toi?

Pour être honnête, cela faisait des années que j’y pensais. J’avais cette curiosité avant même l’envie d’avoir des enfants. 

Je m’étais un peu renseignée sur le sujet, mais je ne connaissais personne à part ma grand-mère qui avait accouché de ma mère chez elle. Et puis, pour tout dire, je ne pensais même pas que c’était possible à l’heure actuelle. 

Je ne voulais pas me mettre la pression, peut-être aurais-je envie d’autre chose quand j’aurais un bébé dans mon ventre. Je me suis toujours dit que je verrais le moment venu, lorsque je serais enceinte. 

Quand je suis finalement tombée enceinte, cette envie s’est tout de suite confirmée, je voulais accoucher chez moi. 

Je ressentais le besoin d’être actrice de mon accouchement.  Sans vouloir faire de jugements ni de généralités, j’avais cette crainte d’être trop guidée à l’hôpital. 

J’ai également  une personnalité réservée avec des difficultés à m’affirmer, je me sens plus à l’aise à la maison. Je voulais être dans mon intimité pour vivre cet événement inoubliable de ma vie. 

C’est un choix personnel et toutes les femmes devraient pouvoir choisir comment elles souhaiteraient accoucher.

Comment t’es tu préparée concrètement ?

Au moment où j’ai dû choisir la personne pour le suivi de ma grossesse, je me suis tournée vers des sages-femmes libérales qui accompagnent notamment les accouchements à domicile. 

Il faut savoir qu’il y en a très peu. Pour donner une idée, je vis dans la région voironnaise et les seules sages femmes que j’ai trouvé étaient à plus de 40 minutes de distance de chez moi. Elles couvrent une zone immense. J’ai pu constater que malheureusement, l’accouchement à domicile n’est pas encore assez démocratisé et que les sages-femmes qui souhaitent accompagner les femmes à accoucher chez elles ont beaucoup de bâtons dans les roues. 

Mes sages-femmes sont vraiment inspirantes. Elles proposent plusieurs cours et des ateliers pour la préparation à l’accouchement. Celui qui m’a le plus marqué et qui m’a également beaucoup servi pour mon accouchement a été celui sur les sons et les vibrations. 

Les sages-femmes nous ont appris à faire des sons que nous pouvons reproduire le jour de l’accouchement. Ces sons vont aider à transcender la douleur.  Pour chaque contraction, il y a un son et il faut le pousser avec sa voix tout le long, les sages femmes et les participantes le font en même temps, ça crée une belle ambiance pleine de joie et de confiance. 

Sinon, comme je le disais plus haut, je m’intéresse depuis assez longtemps à l’accouchement physiologique et à domicile, alors j’avais déjà lu quelques livres dessus. Celui que je recommande à toutes les femmes est  “la naissance en BD” de Lucie Gomez. C’est une superbe bande dessinée qui raconte le processus de la naissance physiologique. Ma sœur a accouché en salle nature à la maternité et il l’a également beaucoup aidé pour son accouchement (elle n’a jamais suivi de cours de préparation à l’accouchement). 

Je trouve que ce livre te (re)donne foi en le pouvoir qu’a le corps d’enfanter. Il vient booster la confiance en toi et en ton propre corps. 

J’ai lu également quelques livres de Maïtie Trélaün (une sage femme qui a co-écrit des livres avec le célèbre gynécologue Michel Odent autour de l’accouchement physiologique). 

Ces livres m’ont aidé à comprendre comment notre inconscient collectif à façonné l’image de l’accouchement sous une facette douloureuse et éprouvante qui fait souffrir les femmes. Ces livres parlent de la naissance sous un angle positif et abordent avec conscience comment dans des conditions normales le corps de la femme est conçu pour donner la vie. 

J’ai également pris quelques cours avec une sage-femme qui travaille avec la méthode de Gasquet, et quelques cours de yoga (ma prof m’avait donné des enchainement qui pouvaient être faits pour aider pendant le travail).

Comment s’est passé le fameux Jour J alors ?

Quand l’accouchement se déclenche, il faut prévenir les sages-femmes rapidement, même si ce n’est pas nécessaire qu’elles arrivent  immédiatement.  En fonction du déroulement médical de l’accouchement, nous avons toujours la possibilité de changer d’avis et d’accoucher à la maternité. 

Pour le côté technique, j’avais loué une piscine pour les accouchements dans une association à Grenoble qui s’appelle “Bien naître et grandir” et qui accompagne les familles dans leur projet d’accouchement à domicile et dans la parentalité.

Ma petite fille est née à terme à plus 5 jours. Tous les deux jours, je devais aller faire une échographie et un monitoring.

Par contre, à J+4  du terme, j’ai vécu une expérience qui m’a laissé un goût amer. Lors du check-up à l’hôpital, j’accepte l’examen du col pour voir si un décollement des membranes est possible (il m’avait déjà proposé au rendez-vous d’avant et j’avais refusé, mais à présent, je souhaitais tenter d’accélérer les choses pour éviter un déclenchement qui implique d’accoucher à la maternité). Après examen, il n’est pas possible de faire un décollement, mais suite à cet examen, la sage-femme fait un test qui indiquait la présence infime mais présence quand même de liquide amniotique. Elle a dit qu’il était teinté et que c’était signe d’une souffrance fœtale, suite à ça, l’obstétricienne de garde a insisté pour qu’on reste à la maternité. (en fait, je crois que c’était le bouchon muqueux).

Le problème semblait être que la poche était fissurée, mais comme l’a justement souligné mon compagnon, ça fait partie du processus de la naissance, et si la poche s’était fissurée à la maison, nous ne nous serions pas mis en route pour la maternité.

J’ai dû appeler mes sages-femmes qui m’ont rassuré et conforté. Si le liquide n’était pas vert (dans ce cas c’est qu’il y a du méconium et là c’est embêtant) tout était sous contrôle et je pouvais rentrer chez moi avec tranquillité pour donner naissance à la maison. 

Par contre, à l’hôpital on n’était pas de cet avis, on ne voulait pas me laisser partir et on m’a fait patienter quelques heures sans manger, sans boire dans une chambre, alors que je commençais à sentir de légères contractions. J’avais envie de les accueillir mais je ne savais pas si je devais me laisser aller ici ou si j’allais pouvoir rentrer, j’étais dans l’attente.  J’entendais une femme accoucher dans une chambre voisine, et elle semblait tellement souffrir! C’était vraiment très éreintant à quelques heures de mon accouchement. Comme les soignants sont débordés, je n’arrivais à voir personne, j’attendais donc leur passage, mais je crois qu’ils étaient tous mobilisés puisque je n’en croisais aucun. Mon compagnon et moi étions en train d’écrire un mot pour expliquer qu’on rentrait chez nous quand l’obstétricienne est arrivée avec une décharge à remplir. Nous l’avons signée, en sachant qu’elle nous donnait rendez-vous le lendemain pour un déclenchement si l’accouchement n’avait pas eu lieu d’ici là. Nous sommes rentrés chez nous mais cette expérience m’a un peu refroidit juste avant mon accouchement. Le contexte ne m’a pas aidé à lâcher prise.

Donc, tu as accouché chez toi quelques heures après cette expérience à l'hôpital ?

Oui, de retour à la maison vers 15 heures, les contractions d’abord discrètes, se sont très progressivement intensifiées. Je me suis laissée porter par des alternances de phases de douleur et de sommeil, dans un état de conscience inhabituel, pendant que mon compagnon veillait sur moi. Mon conjoint informait les sages-femmes pour qu’elles nous rejoignent au moment opportun. J’ai aussi eu la chance d’avoir la visite de ma maman qui s’est arrêtée brièvement en allant à son travail et j’étais heureuse de pouvoir partager un peu de ce moment important avec elle (ce qui n’aurait pas été possible à la maternité).

Vers 22 heures, les sages-femmes sont arrivées et je suis entrée dans la piscine. Elles se sont installées autour du bassin avec mon conjoint.

Je me suis beaucoup aidée des sons que j’avais appris lors des ateliers durant les contractions, tout le monde m’accompagnait en faisant un son en même temps. Je me suis sentie soutenue, entourée, protégée.

Je pouvais aussi me balader dans ma maison quand je ressentais le besoin de sortir de la piscine. Je dois dire que le son, l’eau chaude, les postures que j’avais apprises, les massages que mon conjoint me faisait et les sages-femmes à mes côtés avec confiance et sans intrusion ont fait que tout était réuni pour que je lâche prise et que je me laisse porter par mon corps pour accoucher.

La Sage-femme plaquait régulièrement le monitoring pour écouter le cœur du bébé, elle faisait ça très discrètement je ne m’en rendais  presque pas compte.

En y repensant, je me dis que c’est comme si je n’étais pas présente, j’étais dans une perception totalement différentes des choses, dans un état second, un état animal où je me suis laissé totalement guider par mon corps.

Mon bébé est finalement venu au monde dans la piscine et j’ai pu le prendre immédiatement sur moi pour du peau à peau. 

On était tellement absorbés par cette rencontre que nous n’avons découvert que c’était une petite fille que 15 minutes après qu’elle soit née. Les sages-femmes ont fait tous les soins nécessaires pour moi et ma fille (vérifications suite à la délivrance du placenta, prises de tension, poids de ma fille…) puis elles nous ont laissé dans notre bulle. Elles sont revenues le lendemain dans la matinée et tous les jours suivant la première semaine pour les soins du bébé et vérifier que tout allait bien. 

Merci beaucoup Florence pour ce récit puissant. As-tu des conseils à donner pour les futures mamans qui souhaiteraient accoucher chez elles ?

Je n’ai pas de grands conseils à donner. La seule chose que je peux partager, c’est qu’il faut en avoir envie, il faut qu’elles écoutent leurs besoins. Si c’est leur souhait et qu’elles n’ont pas de contre-indication ou de pathologies particulières, je leur conseille vraiment de respecter leur choix.  

Pour moi, tout a été tellement naturel que si je devais retomber enceinte, c’est une certitude que j’aimerais accoucher de nouveau à la maison. Si tant est qu’il y ait encore des sage-femme pour m’accompagner ce qui n’est pas gagné vu le contexte actuel…

Merci aux sages-femmes et particulièrement celles qui accompagnent les naissances à domicile. Grâce à elles, la mise au monde de ma fille a été un moment que j’ai été vraiment heureuse de vivre. Leur travail est remarquable, même si je n’ai qu’une vision partielle de ce que peut être leur quotidien, et des difficultés qu’elles rencontrent. J’ai pu expérimenter le temps de la grossesse, le rejet, l’incompréhension dus au manque d’information dont font preuve beaucoup de soignants au quotidien vis-à-vis de l’AAD. Merci aussi aux professionnels de santé qui ne se placent pas en juges.

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Références citées dans l’article

Livres :

  • Lucile Gomez “La naissance en BD”
  • Maïtie Trélaün « J’accouche bientôt, que faire de la douleur »
  • Maïtie Trélaün – Se préparer en couple à l’accouchement
  • Ina May Gaskin  « La Naissance Naturelle »
  • Dr Marie-Pierre Goumy – « Tu accoucheras dans l’extase » (ce n’est pas un livre sur l’accouchement orgasmique !)

Associations :

Article rédigé par Emilie Braymand.

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